La différence entre une méthode et un rituel
Les deux se ressemblent beaucoup. L'une produit un résultat, l'autre produit une réunion.
En 1974, Feynman raconte aux diplômés de Caltech une histoire d’îles du Pacifique. Pendant la guerre, des avions y atterrissaient chargés de marchandises. Après la guerre, plus rien. Alors les habitants ont reconstruit ce qu’ils avaient vu : des pistes, des feux le long des pistes, une cabane, un homme assis dedans avec deux morceaux de bois sur les oreilles en guise de casque et des tiges de bambou plantées en guise d’antennes.
Sa conclusion tient en quatre phrases. Ils font tout correctement. La forme est parfaite. Cela ressemble exactement à ce que ça donnait avant. Mais aucun avion ne se pose.
C’est la meilleure description que je connaisse de ce qui arrive à une méthode qui a marché.
Le mécanisme
Une méthode naît d’un problème. Quelqu’un rencontre une difficulté, invente une manière de la traiter, et la manière fonctionne. On l’observe, on la copie, et on copie ce qui est visible : la réunion quotidienne, le tableau, la cérémonie, le document. Ce qui n’est pas visible, c’est le problème d’origine.
Deux ans plus tard, l’organisation exécute la forme avec une rigueur exemplaire. Le tableau est tenu à jour. La réunion commence à l’heure. Personne ne sait plus à quelle question tout cela répondait.
Le test, en une question
Demandez à quelqu’un : qu’est-ce qui se passerait de mal si on arrêtait ?
Une méthode a une réponse précise et un peu inquiétante. Un rituel a une réponse générale et rassurante, du type on perdrait en visibilité, ou ce serait dommage pour la cohésion.
Si la réponse est floue, ce n’est pas grave en soi. Un rituel n’est pas toujours nuisible : il tient parfois lieu de lien. Mais il ne faut pas lui demander de résoudre un problème, parce qu’il ne le fera pas, et parce qu’on en déduira que le problème est insoluble.
Le pire n’est pas de perdre le fond en gardant la forme. C’est de conclure, en voyant que la forme ne produit rien, que la méthode ne valait rien.